« Il existe dans la prédisposition sexuelle indifférenciée de l’enfant des germes qui seront réprimés ou seront dirigés vers des buts plus élevés, asexuels – par la sublimation – et fourniront l’énergie nécessaire pour bon nombre d’acquisitions culturelles. »
NACHT « La théorie psychanalytique » p. 329, éd. PUF 1969
Avec le complexe d’Œdipe se constitue le Surmoi, instance héritière des exigences parentales et sociales, qui s’érige comme une autorité intérieure.
Ce moment structurant inaugure le refoulement des désirs œdipiens, jugés inacceptables. Mais si le refoulement vise à maintenir les pulsions sexuelles ou agressives dans l’inconscient, la sublimation, quant à elle, propose une voie de dérivation possible et précieuse, permettant à la pulsion de se transformer sans être refoulée.
Freud emploie le terme de sublimation en deux sens :
- Dans le premier, la pulsion sexuelle est détournée de sa fin érotique, mais sans abandonner l’objet initial : elle se transforme en affect tendre, en attachement ou en idéalisation, comme dans l’amitié ou l’amour désérotisé.
- Dans le second, plus courant, la pulsion — qu’elle soit sexuelle ou agressive — se détourne de son objet et de son but originaire pour se lier à des activités culturellement valorisées : artistiques, scientifiques, morales. Il ne s’agit plus d’une simple désérotisassion de l’objet, mais d’un changement radical du but de la pulsion, et d’un déplacement de son énergie vers une fin socialement acceptable.
Ainsi, selon Freud, la sublimation présente trois caractéristiques essentielles :
- Un déplacement de l’objet de la pulsion,
- Une modification du but pulsionnel,
- Une valorisation sociale ou symbolique du nouvel objet investi.
Enfin, la sublimation, en tant que compromis entre la vie pulsionnelle et les exigences du Surmoi, n’abolit pas le conflit intrapsychique. La pulsion sublimée conserve une trace de sa nature première. Elle est, en ce sens, une satisfaction dérivée, partielle, inachevée. C’est cette insatisfaction fondamentale qui soutient la répétition, l’élan vers la création, le travail de pensée, et donc le dynamisme du désir humain.
Comme le souligne J.-D. Nasio, dans son livre « Enseignement de 7 concepts cruciaux de la psychanalyse,
«la sublimation n’est pas un mode particulier de satisfaction, mais le passage d’une satisfaction à une autre ». Elle suppose donc un déplacement et une transformation du plaisir, plutôt qu’un simple évitement du déplaisir.
Notons enfin que la capacité à sublimer — cette aptitude à détourner l’énergie pulsionnelle vers des fins élevées — varie considérablement d’un individu à l’autre.