Tentative de refoulement et accompagnement clinique.
Une tentative défensive spontanée peut consister à vouloir rejeter l’événement hors du champ de la conscience
🔹 Le rôle de la verbalisation dans le retour à la réalité
« Un événement comme le trauma externe provoquera à coup sûr une perturbation de grande envergure dans le fonctionnement énergétique de l’organisme et mettra en mouvement tous les moyens de défense. […] La submersion de l’appareil animique par de grandes quantités de stimuli ne peut plus être empêchée ; c’est bien plutôt une autre tâche qui se présente, celle de maîtriser le stimulus, de lier psychiquement les quantités de stimuli qui ont fait irruption pour les amener ensuite à la liquidation. » S. Freud « Œuvres complètes » XV p. 300-301, éd. PUF Juillet 2002
🔹 Angoisse, effroi et impréparation psychique
Dans la névrose traumatique, un élément essentiel est l’absence d’angoisse préalable.
En effet : 👉 Freud écrit : « […] l’homme se protège de l’effroi par l’angoisse »
Sigmund Freud « Œuvres complètes » XIV p. 410, éd. PUF novembre 2000
💡 Résumé pédagogique :
- Angoisse = signal d’alerte → prépare le Moi → protection.
- Effroi = absence d’angoisse → sidération → trauma
🔹 Angoisse vs Effroi dans la névrose traumatique
Concept | Angoisse | Effroi |
Définition | Réaction émotionnelle anticipatrice face à un danger possible. | Réaction brutale face à un danger inattendu. |
Fonction | Sert de signal d’alerte : prépare le Moi et l’appareil psychique. | Aucun signal d’alerte : effraction directe au pare-excitation. |
Effet psychique | Permet une mobilisation, une réaction, parfois une protection. | Conduit à la sidération : impossibilité d’agir ou de réagir. |
Exemple | Sirène qui alerte d’une crue : les habitants se préparent. | Explosion soudaine dans le métro → panique et paralysie. |
II.2.a — Introduction générale – L’angoisse : un affect universel
Elle peut être envisagée selon une double valence :
- Comme réaction normale face à un danger, une perte ou une menace de désorganisation,
- Comme noyau structural de nombreuses organisations psychopathologiques.
Elle devient pathologique lorsqu’elle déborde sa fonction de signalisation et envahit l’économie psychique.
🔹 Schéma comparatif : Peur / Angoisse / Effroi
Concept | Déclencheur | Réaction psychique | Fonction |
Peur | Danger réel, identifié (ex. un animal menaçant, un incendie). | Réaction adaptée, mobilisation pour se protéger. | Protection immédiate. |
Angoisse | Danger flou, interne ou anticipé (ex. peur de perdre l’amour, menace inconsciente). | Signal d’alerte, tension, mobilisation défensive. | Préparer, alerter, protéger. |
Effroi | Danger brutal et imprévu, sans préparation (ex. explosion, attentat). | Sidération, incapacité d’agir. | Aucun rôle protecteur. |
Fonction | Versant protecteur | Versant pathologique |
Signal | Anticipe le danger | Ne signale plus rien |
Liaison | Mobilise les défenses | Désorganise le Moi |
Temporalité | Tourne vers l’avenir | Répète le passé traumatique |
II.2.b — La première théorie de l’angoisse (Freud, 1894-1905)
Freud y conçoit l’angoisse comme :
- Une décharge d’excitation sexuelle non élaborée
👉 L’angoisse est donc pensée comme un phénomène de transformation quantitative : l’excitation sexuelle non déchargée se convertit en affect pénible.
Les névroses de transfert (psychonévroses)
Dans les névroses de transfert, l’angoisse s’inscrit principalement dans le registre psychique
Articulation avec l’axe traumatique
Première théorie | Névrose traumatique |
Excitation sexuelle non liée | Effraction traumatique |
Modèle économique | Modèle de débordement |
Excès de libido | Excès de réel |
Transformation en angoisse | Sidération puis répétition |
🧠 🧠 Dans la seconde théorie freudienne, l’angoisse est un signal produit par le Moi pour avertir d’un danger psychique et déclencher des mécanismes de défense tel le refoulement.
Le désir incestueux persiste alors sous une forme latente et se trouve soumis à la régulation du Surmoi. C’est précisément de ce conflit entre le Surmoi et les pulsions sexuelles que la névrose tire son appui.
Conclusion de cette partie
- Dans les psychonévroses, l’angoisse dérive du conflit refoulé. Ici, l’angoisse vient du désir.
- Dans la névrose traumatique, elle dérive de l’effraction non symbolisée. Là, elle vient du réel.
Névroses actuelles | Psychonévroses (névroses de transfert) |
Origine actuelle | Origine infantile |
Excitation non déchargée | Conflit refoulé |
Peu de symbolisation | Forte élaboration fantasmatique |
Modèle économique | Modèle dynamique |
L’angoisse de castration comme noyau
Nous assistons ici à une articulation structurale :
Niveau manifeste | Niveau latent |
Peur du cheval | Angoisse de castration |
Danger externe | Danger interne |
Phobie | Conflit œdipien |
Schéma comparatif
Modalité | Déclencheur | Fonction | Destin |
Angoisse automatique | Effraction | Débordement | Désorganisation |
Signal d’angoisse | Danger perçu | Protection | Défense |
« Nous nous disons que c’est l’acte de la naissance ; au cours de celui-ci se produit ce groupement de sensations de déplaisir, de motions d’éconduction et de sensations corporelles qui est devenu le prototype de l’effet provoqué par un danger pour la vie et qui est répété par nous depuis lors sous forme d’état d’angoisse. […] l’acte de la naissance est la source et le prototype de l’affect d’angoisse. » Sigmund Freud « Œuvres complètes » XIV p. 411/412, éd. PUF novembre 2000
« […] le moi est le lieu de l’angoisse proprement dit […] L’angoisse est un état d’affect qui ne peut naturellement être éprouvé que par le Moi. » Sigmund FREUD « Œuvres complètes » XVII, p. 256, éd. PUF Janvier 1992
Schéma : bascule 1920 → 1926
1920 (Trauma)
↓
Excès d’excitation
↓
Débordement / non-liaison
↓
Répétition
⇅
1926 (Signal)
↓
Anticipation du danger
↓
Production d’angoisse
↓
Défenses
- 1920 → angoisse débordement
- 1926 → angoisse signal
Le symptôme d’agoraphobie |
Le symptôme d’angoisse agoraphobe
Freud souligne ce mécanisme de déplacement :
« Dans sa phobie (l’agoraphobe) procède à un déplacement et il s’angoisse maintenant devant une situation externe. Le bénéfice qu’il en retire est manifestement qu’il estime pouvoir ainsi mieux se protéger. » S. Freud « Œuvres complètes » XIX, p. 167, éd. PUF Juillet 2004
L’angoisse comme signal de danger et sa fixation
On observe ainsi un renversement de fonction :
- Ce qui protégeait devient ce qui entrave,
- Ce qui organisait devient ce qui restreint.
- La fixation = maintient un mode infantile de traitement de l’angoisse, en lien direct avec : L’Œdipe et la castration